Benoît Plamondon
Publié le 29 juin 2016
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JEUX PARALYMPIQUES. La vie ne tient qu’à un fil, les rêves aussi. Lorsqu’il pénétrera dans l’antre du Stade Maracanã, le 6 septembre prochain, Charles Moreau en réalisera l’un des plus chers à ses yeux, celui de participer aux Jeux paralympiques de Rio de Janeiro.

Il paradera aux côtés de plus d’une centaine d’athlètes canadiens qui, comme le Victoriavillois, se sont hissés parmi la crème de leur discipline au pays au cours des dernières années. Ils ont ainsi obtenu le privilège de rivaliser avec les meilleurs au monde durant dix jours.

Moreau fera certainement les salutations d’usage à la foule lors de la cérémonie d’ouverture, sonnant le coup d’envoi du plus grand rassemblement sportif de la planète. On sentira fort possiblement une grande fierté chez l’athlète des Bois-Francs lorsque la flamme s’allumera, mais on ne se doutera possiblement pas à quel point…

Ce rêve de Rio date de 2010. C’est ce qui lui a permis de se sortir de la plus grande épreuve de sa vie. Deux ans plus tôt, le 20 janvier 2008, une panne sur le pont Laviolette de Trois-Rivières a tourné au cauchemar. Alors âgé de 25 ans, la voiture dans laquelle prenait place Moreau, attendant la dépanneuse, a été emboutie par un camion lourd. Le Victoriavillois y a laissé l’usage de ses deux jambes.

Il était alors un athlète accompli. Fervent triathlète, deuxième d’une famille aimante de sept frères et soeurs ayant eu une enfance enviable, Moreau excellait dans tout. Bon athlète et étudiant modèle, il pouvait attendre de grandes choses de la vie.

Ce grave accident l’a fait basculer, a chamboulé tous ses rêves et a révulsé ses ambitions les plus chères. Coincé dans un fauteuil, il parle encore aujourd’hui de cette douloureuse épreuve comme étant le début du plus grand combat de sa vie.

Étonnamment, il lui aura fallu aussi peu qu’un an pour retrouver son aplomb, amorcer la reconstruction de sa vie et déterrer de nouveaux rêves. Il rappelle qu’il n’y serait jamais parvenu sans le soutien inconditionnel de sa famille et de ses proches. Le sport a aussi joué un rôle vital dans cette nouvelle aventure.

«Je ne rêvais pas à Rio durant ma jeunesse. Je n’aurais jamais pensé pouvoir m’y rendre avant mon accident. Or, ma vie a changé drastiquement. Ce fut tout un choc. J’étais déjà très actif, mais je ne me serais jamais investi autant dans le sport n’eut été de mon m’accident. C’est ce qui m’a aidé à me relever», raconte-t-il.

Dès 2010, il s’est mis à rêver sérieusement aux Jeux paralympiques de Rio. Multipliant les campagnes de financement, parcourant la moitié de globe pour se frotter à la crème internationale pour poursuivre sa progression, il n’a pas ménagé les efforts pour y parvenir.

Mercredi, il a reçu officiellement son invitation de la Fédération canadienne pour prendre part aux Jeux. Ce n’était qu’une formalité, certes, mais ce fut néanmoins un moment très spécial pour Moreau. Son ticket pour le Brésil représente, à ses yeux, le plus grand accomplissement de sa nouvelle vie, celle qu’il n’a pas choisie, mais qu’il est parvenu à donner un sens.

«Ça commence à être pas mal excitant, non seulement parce que j’irai aux Jeux, mais aussi parce que je crois pouvoir me permettre de rêver à un podium», a-t-il partagé.

Parce que la réalisation de son rêve olympique ne s’arrêtera pas là. Moreau est devenu l’un des meilleurs paracyclistes de la planète au cours de la dernière année. Il croit ardemment en ses chances de podium.

«Particulièrement au contre-la-montre. Je suis un athlète un peu plus lourd que la moyenne dans ma discipline, mais aussi plus puissant. Les parcours plats sont mieux adaptés pour moi. Celui de Rio est justement plat comme une crêpe!», commente-t-il avec enthousiasme. Son plus grand rival sera possiblement l’Italien Vittorrio Podesta, double champion mondial.

À 34 ans, Moreau est l’un des plus jeunes coureurs du circuit. Le paracyclisme, comme bien d’autres sports paralympiques, met souvent en scène des athlètes expérimentés. Il n’est pas rare de voir un quinquagénaire aux Jeux. «Parce que souvent, ces athlètes ont amorcé leur carrière plus tardivement en raison de maladies et d’accidents», précise-t-il.

Le Victoriavillois est donc dans la fleur de l’âge paralympique. Il n’a pas encore vécu l’exaltation de Rio, il espère déjà obtenir son ticket pour les Jeux paralympiques de 2020, à Tokyo, au Japon. «Je souhaite vivre d’autres Jeux. Ma condition physique et mon âge me permettre d’espérer revivre l’expérience en 2020. Il reste cependant bien des facteurs à considérer, notamment sur le plan financier. Les paracyclistes ne bénéficient pas du même soutien financier que les athlètes olympiques. C’est parfois essoufflant de devoir constamment amasser des fonds pour poursuivre l’aventure. J’ai bon espoir qu’avec de bons résultats à Rio, je pourrais m’associer à de bons commanditaires», a expliqué le chiropraticien.

Un mois avant les Jeux, Moreau passera officiellement en mode olympique alors qu’il se rendra à Bromont afin de participer au camp préparatoire de l’équipe nationale, d’une durée de cinq semaines. Paternité oblige, il ne quittera cependant jamais le domicile familial à temps plein comme le font certains de ses coéquipiers. «Ça ne m’empêchera toutefois pas d’être prêt pour Rio. Je me sens bien et mes derniers résultats ont été convaincants», a-t-il dit.

Il s’envolera pour Rio le 6 septembre le cœur léger, la tête haute et, surtout, pleine de rêves et d’ambition.